le  23  août 2023

 

 

Défivoeux

Par Thierry Mollard osfs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   
 

 

Des vœux, défi, définitifs ! Ce sera le samedi 26 août 2023 à Veyrier-du-Lac, à 18 h 30. Nous sommes invités à vivre cette célébration des vœux définitifs d’un religieux : frère Cyprien Messié, oblat de Saint Francois de Sales.

Aussitôt annoncé cet événement,  parce qu’il est rare et souvent discret ou confidentiel, se posent de nombreuses questions : des vœux, c’est quoi ? un oblat, un religieux, un frère ... on s’y perd... Et c’est quoi un prêtre quand on déborde le champ paroissial ? Que de questions...

Alors les trois éditos, des 13, 20 et 27 août voudraient honorer ces questions. Car, enfin, l’engagement religieux n’est-il pas, depuis l’origine, un engagement public qui ne peut se vivre la porte close ? Qui aurait l’idée de proclamer sa foi en Jésus Christ et au monde seul devant sa glace, en taisant le Chemin, la Vérité et la Vie ?

 Défivoeux, première partie : la vie religieuse

Un jour à l’école, votre prof d’histoire vous a parlé du clergé régulier et du clergé séculier. Est-ce à dire que le clergé séculier vit sans foi ni loi ? Est-ce à dire que le clergé régulier est hors sol, hors du siècle ? (☺) Mieux vaut en sourire !

Disons que le clergé séculier « vit dans le siècle, dans la société »,  tel le clergé incardiné ([1]) dans un diocèse : il est envoyé auprès des chrétiens d’un monde spécifique, monde de la santé, des armées, de l’enseignement public, des prisons ou auprès des hommes, des femmes  et des enfants des paroisses.

Le clergé régulier vit selon une « règle de vie » inspirée d’un fondateur et d’une spiritualité, bâtie autour de l’architecture des vœux religieux, réalisée en solitude ou en communauté. S’il existe des ordres cloîtrés, tel qu’à Tamié, proche, de chez nous, où les contemplatifs sont attachés à un monastère, il existe des ordres apostoliques où l’union à Dieu ne se réalise pas dans la vie de prière et la contemplation mais dans le service des autres et l'engagement direct dans la société humaine. Parmi eux, des ordres mendiants (les franciscains ou les dominicains) qui vivent de collectes et d’aumônes itinérantes pour assurer leur subsistance.

Cyprien est Oblat de Saint François de Sales ! De la même famille religieuse que la communauté qui vit à Saint-Germain-sur-Talloires depuis 7 ans et que celle qui est à Saint-Michel d’Annecy. En résumé, Cyprien s’engage définitivement dans un institut religieux international, dont le bienheureux Louis Brisson (1817-1908) prêtre du diocèse de Troyes, est le fondateur (21 décembre 1875) et cofondateur des Oblates de Saint François de Sales avec Sainte Léonie Aviat.

Aujourd’hui Cyprien, dont les parents habitent Veyrier, vit, étudie, pratique le rugby, et bien d’autres choses, à Vienne en Autriche. Je vous disais bien que les OSFS sont une congrégation internationale, de droit romain. Et c’est dans cet institut, cette famille salésienne que Cyprien mise pour poursuivre l’écriture de sa vie, pour être témoin. Non pas seulement pour dire ce qu’il a vu et entendu, pour attester de quelque chose de vrai, mais pour manifester par sa vie tout entière qu’il a été touché par Quelqu’un dont la vie est telle qu’il se questionne sur cette Personne comme source de singularité. François de Sales l’exprimait ainsi : « Ne parle de Dieu que si on t'interroge, mais vis de telle façon qu'on t'interroge. » « Ne vous contentez donc pas de dire : ‘Je suis chrétien.’ Mais vivez de telle sorte que l'on puisse ajouter qu'on a vu un homme qui aime Dieu de tout son cœur. » F. de S. Sermons, tome 9.

« C'est en 1896 que le fondateur envoya à Vienne un jeune oblat, le Père Lebeau. Le voilà tout seul, à Vienne, pour fonder une province, comme le P. Simon au Fleuve Orange, pour organiser une mission, touchant aux déserts du Namaqualand et du Kalahari ! Et on verra, presque en même temps, un seul religieux oblat débarquer à New York pour lancer la semence d'une grande œuvre. »([2])

Je vois une main qui se lève là-bas au fond ! Oui ?

- C’est quoi un Oblat ?

Et d’autres mains qui sûrement portent chacune une question... On y vient, patience !... à suivre !

 Défivoeux seconde partie : être Oblat

Le samedi 26 août nous allons vivre une cérémonie des vœux définitifs d’un religieux : frère Cyprien Messié, Oblat de Saint François de Sales. Nous sommes restés sur une question la semaine dernière : c’est quoi un Oblat ?

Jadis il s’agissait d’un enfant qui était consacré à Dieu et donné par ses parents à un monastère, qui devait une école.

Aujourd’hui un oblat, (une oblate) sont des gens qui se relient à un monastère pour animer leur vie spirituelle, le plus souvent dans la spiritualité de St Benoit. Ils partagent cette spiritualité sans avoir prononcé les trois vœux religieux (chasteté, pauvreté, obéissance). Ils sont laïcs et affiliés.
Quand on parle d’Oblat, (du latin oblatus «offert») dans le langage liturgique il s’agit du pain et du le vin offerts pour la célébration eucharistique. Deux sortent d’offrandes sont issues de la bible : l’holocauste où l’animal est offert (sacrifié) au point de passer dans un autre monde. Et l’Oblation, qui consiste à donner en partage, offrir pour être partagé.

Naturellement, des congrégations religieuses utiliseront ce vocable pour se nommer : Oblats de Marie, Oblats de St Vincent. Oblats(es) de St F de Sales : littéralement des religieux/ses donnés, offerts au monde par l’Evangile salésien, marqué par la sainteté pour tous, le « tout par amour, rien pas force, tout par la force de l’amour » et la recherche du lien unidivers : unis et divers !

Pourquoi 4 prêtres à la paroisse St Germain du Lac ?

« J'ai appris, en consultant le site internet de la commune de Talloires-Montmin, qu'un nouveau prêtre est arrivé sur le territoire de la rive Est des bords du lac. Si l'on peut se féliciter de cette bienvenue, en revanche, je suis surpris d'apprendre qu'il y a 3 autres prêtres déjà présents à la paroisse St-Germain. Comment se fait-il, qu'il y ait désormais 4 prêtres à cet endroit, alors que, tant de paroisses en sont démunies ?»

Regard égalitaire quand tu nous guettes ! Quand le hasard vous refile un carré d'as, il n'y a pas de quoi ameuter tout le monde. Surtout si on se fait une belote où les annonces ne comptent pas ! Quand les prêtres vivent seuls on dit que c’est inhumain, personne pour partager un peu de tendresse et d’écoute ! Quand ils sont en équipe ou en communauté on déplore l’abondance désobligeante face à la pénurie ! Alors que répondre à cette remarque, mainte fois entendue ?

Indubitablement « tant de paroisses en sont démunies ! » ... de prêtres ! Et l’on n’a encore rien vu ! C’est bien pour cela qu’il n’est pas rare, que l’un ou l’autre de la communauté rende service à une paroisse voisine, ou plus lointaine.

Mais parlons famille. Les frères Olivier, Maurice, Stéphane et Thierry, résident à l’Ermitage, vivent en famille, en communauté. Deux autres frères, l’un vivant à Voiron, Jean Luc, et l’autre en Savoie, Pierre, font partie intégrante de cette communauté. Stéphane est engagé dans le cadre de la PRTL (Pastorale des Réalités du Tourisme et des Loisirs) un Service du Diocèse : en clair son terrain de jeu n’est pas la paroisse, mais l’étendu du diocèse ! Maurice est prêtre "auxiliaire", à la retraite il rend un vrai service presbytéral même que parfois on a du mal à suivre son rythme et il partage le souci missionnaire et la vie fraternelle de la communauté ! Quant à Olivier il a trois mains qui pétrissent la pastorale scolaire, la pastorale paroissiale et le scoutisme. Personnellement j’ai la responsabilité de la paroisse et de l’espace St Germain. Alors ? Recomptons : y a-t-il 4 prêtres pour une paroisse ? Non, mais quatre religieux amenés à vivre divers services et vivant ensemble autour de F de Sales !

Pour dire la variété des charismes dans l’Eglise permettez-moi cette inclusion de François de Sales :

 « La bouquetière Glycera savait si proprement diversifier la disposition et le mélange des fleurs, qu'avec les mêmes fleurs elle faisait une grande variété de bouquets, de sorte que le peintre Pausias demeura court, voulant contrefaire à l'envie cette diversité d'ouvrages, car il ne sut changer sa peinture en tant de façons comme Glycera faisait ses bouquets : ainsi le Saint Esprit dispose et arrange avec tant de variété les enseignements de dévotion, qu'il donne par les langues et les plumes de ses serviteurs, que la doctrine étant toujours une même , les discours néanmoins qui s'en font sont bien différents, selon les diverses compositions. » 

 Défivoeux troisième partie :  des vœux fin août !

Le samedi 26 août nous allons vivre un événement rare, je ne sais si cet événement s’est déjà produit sur notre paroisse : une cérémonie de vœux définitifs d’un religieux.

 La présence religieuse sur notre paroisse est historique, pensons aux bénédictins de l’abbaye de Talloires au fil d’un quasi millénaire. Et aux « sœurs rouges » proches de l’Abbaye, qui en 1681 avaient le souci de l’hospitalité ! Plus modestement je pense aussi aux deux sœurs de la croix à l’école des 4 chemins à Saint Germain en 1871 et plus proche encore, 1969, aux sœurs dominicaines. La tradition de la vie religieuse a marqué notre paroisse. Mais que veut dire vie religieuse par quoi est-elle signifiée ?

Souvent nous nous en arrêtons aux visibilités les plus courantes : pratique des sacrements, vie paroissiale ou vie des monastères, qui mélangent un peu tout !    

Certains considère la vie consacrée comme un « état de perfection » au risque croire que la vie religieuse soit une perfection acquise, comme l’église est qualifiée de sacrée, en mettant à l’abri des dérives humaines. Toutes les Églises ou instituts religieux, devraient poser cette affiche sur leur porte d’entrée :

 « Attention, Gens parfaits s’abstenir ! Ce lieu est réservé à ceux qui sont fêlés, bancals, pécheurs qui ont besoin de grâce et qui veulent grandir. ([3]) Si vous cherchez une élite missionnaire, ne vous tournez pas vers la vie religieuse qui est davantage en proximité des chrétiens « ordinaires ».

 Pour parler de la vie religieuse, je préfère envisager la voie des « conseils évangéliques » comme un chemin de perfection. Il s’agit là d’un chemin sur lequel tous sont appelés à la sainteté ! Appel du Christ, relayé résolument par F de Sales. « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait  (Mt 5, 48)

L'expérience spirituelle vécue par le religieux s'incarner dans des formes concrètes de vie, choisies en réponse à une contemplation du Christ, et signifié publiquement.

 Avec Cyprien, on peut considérer que rentrer en contact avec le Christ, source de tout amour, c’est un ‘usinage’ qui érode la forme brute pour envisager la perfection : "Je me prends souvent la tête avec le Christ !" dit Cyprien. Voilà un engagement qui deveint "signe de contradiction"

 Cette voie des conseils évangéliques s’inscrit dans un carré de repaires :

1* celui d’un maître spirituel qui donne une coloration particulière à l’Evangile.

2* celui du creuset communautaire où la fraternité ne devrait jamais n’être qu’un déclaration !

3* celui du triple engagement par les vœux ; qui  marquent la volonté d’un homme ou d’une femme qui choisit la « dépendance et le manque comme lieu d'éclosion de son bonheur et de sa liberté. »

4* et celui d’une vie consacrée offerte à l’action de l’Esprit Saint, au service de la mission singulièrement prophétique de l’Eglise. Envoyé sur un territoire de « mission »

 Pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume la vie religieuse s’est organisée autour de la trilogie : pauvreté, chasteté, obéissance. Des jalons qui ne sont pas réservés aux religieux. Ces conseils évangéliques sont formulés comme une invitation large et plénière faite aux chrétiens pour « matcher » à la vie de Jésus-Christ. Tous, nous sommes appelés à la vie religieuse, quelques uns, comme Cyprien aujourd’hui, le sont d’une manière radicale pour que tous vivent de la pauvreté, chasteté et obéissance.

« Pour moi -dit Cyprien- je me dis qu’il n’y a pas que le profit dans la vie, le monde a besoin de témoins contre le profit, contre l’entre soi, bien au-delà de nos plaisirs premiers. »

 La vie religieuse est un art de vivre, qui en même temps, introduit une distance au monde et propulse au cœur de ce monde. La vie consacrée consiste à vivre autrement la vie matérielle et sociale que ne le propose la société en général ! Le consacré est marqué prioritairement par une forme de vie et de culture alternative le faisant dialoguer avec le monde ! C’est la fonction « prophétique » du baptême qui fait de chaque baptisé, à l’image du Christ, un prêtre, un prophète et un roi !

 Le Concile Vatican II a déployé tant d’efforts pour redonner à la vie religieuse un sens prophétique et libérateur face aux conditions du monde et de la société notamment en ce qui concerne les lieux sensibles, sexe, pouvoir, argent.

Pourquoi en définitif, choisissons-nous tel institut religieux plus qu’un autre ? Les puristes vous répondent que l’Esprit souffle où il veut et vous pousse là où bon lui semble ! Oui pourquoi pas mais jamais sans objections, sans médiations, celle d’un frère, d’une sœur qui me font dire : « là je me sentirais bien. » Sans non plus l’acquiescement à tout ce qui advient ou sans « abandon » dira F de Sales, non pas par désertion ou démission mais une mise à disposition pour un « Autre ».


 


[1] incardiné (du latin cardin-, charnière) : c’est la marque par laquelle un diacre, un prêtre est juridiquement rattaché/incardiné à une église particulière (un diocèse).

[2] P. Philippe Cortet, osfs, Extraits des Bulletins St Michel nos 9 à 15 (1951-1953).

[3] Dietrich Bonhoeffer, pasteur allemand, inspire ce placard !

 

 

 

 

 

 

   

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